1. Qu’est-ce que le “libre accès”?

La diffusion en libre accès permet à tout lecteur d’accéder “librement” à une publication, c’est-à-dire sans barrière de prix (abonnement ou frais de consultation par article), tandis que les coûts d’édition et de diffusion de la publication sont assumés d’une autre manière/ reposent sur un autre modèle économique.


De nombreuses initiatives de diffusion de la recherche en libre accès ont vu le jour depuis la naissance de ce mouvement aux États-Unis dans les années 1990: SciELO, Redalyc, BioMed Central, Highwire Press, SCOAP3. (Willinsky, 2009) Il s’agit d’un mouvement international, dont les orientations ont été définies en 2002 par la “Budapest Open Access Initiative”.

2. Édition savante et libre accès: pourquoi faire?

+ Améliorer l’accès et la diffusion des articles scientifiques

Dans le cas de l’édition savante, la presque totalité des lecteurs se réduit aux étudiants et aux chercheurs, qui accèdent aux articles scientifiques par le biais des abonnements contractés par les bibliothèques des universités et autres institutions de recherche et d’enseignement, tandis que le grand public n’a pas accès à ces publications, dont les frais de consultation par article sont très élevés.

+ Favoriser la circulation des ressources financières dans l’édition savante

Les institutions universitaires et publiques financent l’édition savante à tous les niveaux de son élaboration, depuis la recherche comme telle jusqu’aux abonnements aux revues savantes :

  • (1) Financement des infrastructures, groupes et projets de recherche;
  • (2) Versement de salaires et de bourses d’étude aux chercheurs, qui écrivent les articles de revue gratuitement;
  • (3) Financement en termes de libération de tâche et de bourses d’étude des chercheurs, qui évaluent et éditent bénévolement les articles de revues scientifiques;
  • (4) Attribution de budgets aux bibliothèques pour payer les abonnements aux revues scientifiques.

La diffusion en libre accès des résultats de la recherche permet de rediriger les fonds publics et universitaires, actuellement engloutis par les marges de profit considérables de cinq grands éditeurs commerciaux formant un oligopole, vers les intérêts qu’ils doivent servir, c’est-à-dire la recherche, l’enseignement et l’avancement de la société en général par l’éducation du grand public.

+ Limiter la concentration des grands éditeurs commerciaux

L’édition savante est dominée par un oligopole de 5 grands éditeurs commerciaux (Reed-Elsevier, Wiley-Blackwell, Springer, Taylor & Francis, SAGE Publications). En STM (sciences, technologie et médecine), l’oligopole détient près de 50% du marché des articles scientifiques. En SHS (sciences humaines et sociales), c’est près de 70% du marché qui est contrôlé par l’oligopole. La situation s’est dégradée rapidement puisqu’en 1995, les parts contrôlées par le groupe des cinq n’étaient que de 10% en STM et de 15% en SHS. (Larivière, Haustein, Mongeon, 2015)

3. Les différentes voies du libre accès

Il existe différents types de libre accès, classifiés selon la façon dont il tirent leur financement et le “lieu” par lequel il permet d’accéder aux articles.

+ La voie verte: autoarchivage

La voie verte désigne l’auto-archivage d’articles ou de leur version pré-publiée sur des plateformes disciplinaires (PloS One, arXiv.org) et sur des dépôts institutionnels. Or ce type de libre accès, pensé pour les STM, laisse de côté tout le travail de révision et de réécriture des articles, qui est la valeur ajoutée que l’édition savante apporte aux travaux en SHS. De plus, la création de dépôts institutionnels ou disciplinaires engendre des coûts (infrastructure informatique, logiciels, maintenance) qui doivent être assumés par les institutions. Enfin, les grands éditeurs commerciaux érigent des barrières légales afin d’empêcher les auteurs de pratiquer l’auto-archivage. (Willinsky 2009)

Au final, la voie verte, malgré plusieurs avantages, engendre de nouveaux coûts pour les institutions et ne permet pas de faire l’économie des abonnements aux publications savantes.

+ La voie dorée: le modèle de l’auteur-payeur

La voie dorée désigne la publication dans des revues en libre accès et repose le plus souvent sur le modèle économiques de l’auteur-payeur, où l’auteur finance lui-même la publication de son article par le paiement d’un frais de publication par article (mieux connu par l’expression anglaise d’article processing charges, APC).

Du point de vue économique, l’objectif du libre accès comme modèle de diffusion de la recherche est de réaliser un transfert de revenu: réduire les sommes versées par les bibliothèques en abonnements aux grands éditeurs commerciaux, pour les rediriger vers d’autres besoins des bibliothèques. Mais les frais de publication par article sont le plus souvent payés par la bibliothèque, à partir d’un fond spécial créé à cet effet. Or depuis que les grands éditeurs commerciaux pratiquent aussi le libre accès fondé sur l’auteur-payeur, ils ont augmenté les APC afin de conserver la même marge de profit que dans le système par abonnement. (Whitehead, Érudit, 2015) Le libre accès fondé sur le modèle de l’auteur-payeur est donc contrôlé lui aussi par l’oligopole, et fait partie du problème plutôt que de la solution. Ce que certains ont dénoncé en renommant la voie dorée “corporate open access” (Fuchs et Sandoval 2013).

En SHS, où rappelons le, cinq grands éditeurs détiennent à eux seuls 70% des articles, le libre accès selon le modèle de l’auteur-payeur ne permet pas de contrecarrer la mainmise de l’oligopole sur l’édition savante.

+ La voie dorée: les autres modèles économiques

Bien que la voie dorée soit souvent perçue comme un synonyme de revue en libre accès pratiquant les APC, en pratique, près de 70% des revues en libre accès sont basées sur un autre modèle économique (Suber, 2013 ou Highlights from the SOAP project survey 2011).

  • La subvention : L’accès au document est libre. Le financement de la publication (revue et/ou plate-forme) est pris en charge par une institution, une société savante, un organisme de recherche, une association ou une fondation. C’est de loin le modèle le plus répandu puisqu’il concerne 66% des revues référencées par le DOAJ (au 7 octobre 2015, le Directory of Open Access Journals recense près de 10 000 revues sans APC contre seulement 793 avec).
  • Le Freemium (ex. OpenEdition) : L’accès au document est libre mais des services complémentaires sont commercialisés (par exemple les statistiques d’usage, ou les fichiers PDF ou ePub alors que seule la version html est gratuite).
  • La souscription=entreprise coopérative Dans ce modèle, la diffusion en accès libre des ouvrages et revues s’opère lorsque le seuil financier visé est atteint grâce aux contributions financières des établissements souscripteurs. Ex. Knowledge Unlatched (monographies), Open Library of Humanities (revues).
  • Le financement participatif (crowdfunding) (source: Couperin)